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15/01/2023

RATZINGER, UNE ERREUR DE CASTING

TC.GIFRatzinger, une erreur de casting

 
Publié le par Patrick Nathan

Quand on ne retient d’un personnage illustre décédé que ses premières années et son départ fracassant, il y a lieu de s’interroger. Dans les hommages entendus à l’occasion du décès de Benoît XVI, chez les critiques comme chez les thuriféraires, on a surtout entendu parler du grand penseur et professeur et de sa démission papale inédite. À bien y regarder, tout le parcours épiscopal de Josef Ratzinger relève justement de l’erreur d’orientation la plus flagrante.

En le propulsant archevêque de Munich en 1977, Rome a certes offert un poste prestigieux au professeur Ratzinger, mais l’a arraché, à jamais, à son monde universitaire chéri. Cet homme brillant connu pour sa gentillesse, sa crainte des conflits et son peu d’appétence pour les mondanités était tout sauf le portrait du manager ! Voilà le théologien enseignant perdu pour les travaux intellectuels, et bien à la peine dans un diocèse tourmenté par les contestations internes. Pour le tirer d’une situation inconfortable, et se consacrer tranquillement à son combat géostratégique, Jean Paul II le récupère pour en faire le gardien du dogme à Rome en 1981. Josef Ratzinger ne voulait d’aucun de ses deux postes, qu’avec lucidité et humilité il ne se sentait pas capable d’assumer. Et que dire de l’élection, lors du conclave de 2005, d’un homme qui, deux ans plus tôt, à 75 ans, avait présenté sa démission au pape, aspirant à retrouver, enfin, sa chère Bavière, ses livres et son piano.

Las, par trois fois, la sacro-sainte obéissance ecclésiale a tranché : « Puisque l’Esprit saint, partenaire de toutes les décisions institutionnelles importantes, a validé ta nomination, elle est pertinente et il convient de dire amen. » Tant pis si elle émane d’une administration pour laquelle piété et pensée conforme tiennent lieu de bon CV, et qui ne s’inquiète aucunement des qualités managériales et humaines de l’impétrant puisque « la grâce y pourvoira ». Tant pis pour le désir profond de l’élu et ce à quoi il se sent appelé. Et, quand un choix malheureux est posé, l’Église se retrouve avec à sa tête un homme en difficulté et malheureux. En France, nous avons quelques exemples de nominations épiscopales funestes. Pour éviter de citer les cas plus douloureux, évoquons le parcours de Joseph Doré, brillant intellectuel, professeur à l’Institut catholique de Paris, doyen. Et bing, le voilà à 61 ans nommé archevêque de Strasbourg… où il ne se débrouille pas si mal. Mais, à 69 ans, il démissionne pour raisons de santé et retourne à sa vraie compétence. Depuis, il a publié plusieurs ouvrages et dirigé la somme Jésus, l’encyclopédie (Albin Michel).

Dans quelle fonction est-on le plus utile à l’Église ? Telle doit être la question aujourd’hui. Dans une maison qui brûle et qui doit se réinventer, couper les ailes aux penseurs en les coiffant d’une mitre est une faute et un gâchis. Le nonce apostolique en France reconnaissait récemment qu’un nombre croissant de prêtres refusaient l’épiscopat, preuve que le sujet est sur la table.

Patrick Nathan

Photo : Muu-karhu, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

05/01/2023

LE MERITE DE BEN0ÎT

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publié le 5/01/2023Photo : Kancelaria Prezydenta RP (GFDL 1.2 or GFDL 1.2), via Wikimedia Commons

Photo : Kancelaria Prezydenta RP (GFDL 1.2 or GFDL 1.2), via Wikimedia Commons

La mort du pape émérite Benoît XVI est l’occasion de réinterroger cet acte incroyablement novateur qui fut le dernier de son pontificat, sa démission. S’il est une raison pour laquelle il entrera dans l’histoire, c’est bien celle-ci. Les puristes auront beau préciser que ce ne fut pas une démission mais une renonciation, la nuance est de peu d’importance.

Le fait seul compte : il a estimé en conscience que l’homme, Josef Ratzinger, n’était plus en état d’assumer la fonction de pape. Et, en séparant l’homme et la fonction, il a en quelque sorte ramené le pontificat sur la terre. La chose est étonnante car elle entre en dissonance avec les pratiques vaticanes depuis au moins le concile de Vatican I (1870) qui avait revêtu le pape – certes sous strictes conditions – de la vertu d’infaillibilité. Elle va à l’encontre aussi de la désolante manie, laquelle s’aggrave de pontificat en pontificat, de canoniser les papes et, de façon générale, avec le cléricalisme ambiant, qui tente de faire des prêtres, évêques et papes des hommes d’une nature distincte de celle du commun des mortels, les laïcs, hommes et femmes.

Le prédécesseur de Benoît XVI, Jean Paul II, usé par la maladie, à bout de forces, avait répondu à la question de sa démission éventuelle que « Jésus n’était pas descendu de la croix », sauf que, précisément, ni le pape, ni les évêques, ni les prêtres ne sont Jésus. Cette exaltation sacrificielle de la figure du prêtre, nous le savons maintenant très bien, est la porte ouverte à toutes les déviances et à tous les abus. C’est pourquoi nous avons un motif de reconnaissance à l’égard de Benoît XVI. Il a libéré le pape de cette folie. L’excellent professeur de théologie qu’il était a fondé et justifié sa décision de telle sorte qu’elle ne puisse être contestée et, paradoxalement, sa réputation de conservatisme y contribua. Le pape François ne s’y est pas trompé, qui, au jour de son élection, se présenta d’abord comme l’évêque de Rome.

Reste à l’Église catholique à se demander s’il est raisonnable de confier tant d’autorité à un seul homme, sans aucun contrôle ni aucun cadre de régulation du pouvoir. Malheureusement, la question ne semble pas à l’ordre du jour.

Christine PedottiChristine_Pedotti-100x100 (2).jpg

 

 

31/12/2022

L'AVENIR :UNE HISTOIRE D'AMOUR

GARRIGUES.GIFL’AVENIR : UNE HISTOIRE D’AMOUR

publie le 31 décembre 2022 par Garrigues et Sentiers

2022 s’achève, l’aube de 2023 pointe…
En ce passage d’une année à l’autre, nous reproduisons cet article de Guy Aurenche, en forme d’écho personnel au débat « Aimer l’avenir en dépit de tout » que Saint-Merry-hors-les-murs avait tenu en décembre dernier et que l’on peut visionner sur la toile : 
https://www.youtube.com/watch?v=pt1cY21g5j0
Car aimer l’avenir, c’est la grâce que nous vous souhaitons pour 2023, amis internautes !
                                                                                                                         G & S

Lire ....L'AVENIR UNE HISTOIRE D'AMOUR.pdf

20/12/2022

PLACES AUX FEMMES DANS L'EGLISE

SAINT MERRY HORS LES MURS

Photo Benjamin Trösch Sur Unsplash 2

Photo Benjamin Trösch sur Unsplash

Un collectif d’associations catholiques a présenté le 19 décembre à Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Évêques de France, ses premiers travaux dans le cadre de la Commission d’Étude sur la Place des Femmes dans l’Église (CEPFE).

La Commission d’Étude sur la Place des Femmes dans l’Église (CEPFE) a été créée en juin 2022 avec le triple objectif de constater, proposer et agir :

  • constater, en diffusant un état des  lieux sincère et transparent sur la place des femmes dans l’Église ;
  • proposer et agir, en co-formulant des changements structurants et symboliques.

Les membres  de la CEPFE ont été représentés auprès de Mgr Éric de Moulins-Beaufort par l’historienne Annie Crépin, la sociologue Geneviève Decrop et la théologienne Sylvaine Landrivon. Elles ont exposé les premiers travaux de la CEPFE :

La CEPFE va également proposer un questionnaire en ligne, destiné à celles et ceux qui n’ont pas participé au Synode mais souhaiteraient s’exprimer sur la place des femmes dans l’Église. Mis en ligne le mercredi 21 décembre, les réponses à ce questionnaire viendront alimenter les travaux de la CEPFE.

La CEPFE s’est constituée au début de l’été 2022 sur l’initiative de membres des associations Toutes Apôtres ! et Comité de la Jupe. Depuis, elles ont été rejointes par plusieurs associations : Croyants En Liberté Yvelines(CELY) ; le Carrefour Chrétiens Inclusifs (CCI) ; David &Jonathan ; Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) ; Les 7 pour faire du 9 ; Mouvement Chrétiens des Cadres (MCC) ; Oh My Goddess ! ; Saint-Merry Hors-les-Murs ; Les Réseaux du Parvis.

Ensemble, ces associations partenaires forment un collectif de croyant·es aux profils multiples femmes et hommes, laïc·ques et clercs, jeunes et seniors, etc. D’autres organisations et associations catholiques devraient bientôt se joindre à cette démarche.

La CEPFE a été créée dans le sillage de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église(CIASE). Dans son rapport, la CIASE estime « qu’ il faut, au regard du principe d’égale dignité, grandement renforcer la présence des laïcs en général et des femmes en particulier dans les sphères décisionnelles de l’Église catholique »[4]

Le fonctionnement de la CEPFE se veut collégial ; chaque représentant·e des associations prend part aux décisions. Elle est placée sous le contrôle d’un comité de sages.

Pour Annie Crépin, présidente de l’association FHEDLES et membre de la CEPFE, il s’agit de « discerner ce qui fonctionne bien et ce qui nécessite d’être transformé par des actions ajustées et inclusives ». Avec la CEPFE, elle espère que « l’invention de pratiques nouvelles permettra un renouveau profond de l’Église au service de l’Évangile ».

La CEPFE est une réponse laïque au scandale de la discrimination des femmes dans l ’Église catholique, alors que cette dernière traverse une série de crises : abus sexuels, abus de pouvoir, abus spirituels, polarisation des fidèles, vieillissement des prêtres, désertion des paroisses et des séminaires.

La CEPFE compte des clercs en son sein et espère pouvoir collaborer au plus près de l’institution catholique afin de remplir la mission qu’elle s’est fixée, pour le bien  commun de l’ensemble des baptisé·es. Pour cela, et soucieuse de refléter la diversité de l’Église catholique française, la CEPFE est ouverte à toutes les bonnes volontés.


[1] Les chemins du Synode : que veut l’Église de France ? Rapport de dépouillement et analyse des synthèses du synode sur la synodalité 2021/2022, 25/10/2022.
[2] Cf. Collecte des synthèses synodales et Document d’accompagnement de la collecte des synthèses synodales, CEF, 09/06/2022.
[3] Des femmes dans la Bible mais en marge de l’institution, 10/2022.
[4] Recommandation n° 36, Les violences sexuelles dans l’Église catholique, France 1950-2020, Rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, Octobre 2021, p. 62.

04/12/2022

NOËL : UNE LUMIERE DANS LA NUIT

 
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Jacques Gaillot, Evêque de Partenia, Paris, 4 décembre 2022
Noël : une lumière dans la nuit
Les évènements qui entourent la naissance de Jésus évoquent ce que beaucoup de familles vivent aujourd’hui : des gens obligés de prendre la route, une femme qui ne trouve pas de place pour mettre son enfant au monde, le refuge dans des pays voisins, des enfants victimes de la cruauté de la guerre…
Noël est la folie de Dieu qui se fait homme. Jésus naît pauvre : il a comme berceau, une mangeoire d’animaux.
L’Enfant de Bethléem ne vient pas pour dominer. Son humble et fragile présence laisse pressentir qu’il est là pour les autres et que la vraie grandeur est de se donner.
Sous le métro aérien, des migrants africains sont entassés. Ils se lèvent et s’approchent pour prendre la nourriture qui leur est distribuée. Un homme fort sert une louche de lentilles puis chacun prend : une banane et un morceau de pain.
Y aura-t-il assez de lentilles pour tout le monde ? Je m’approche de la grande bassine pour m’en assurer. Hélas ! elle sera bientôt vide.
 
Je m’adresse à l’homme qui sert et que je ne connais pas : « Il faudrait faire un miracle ». Surpris, il me regarde : « Ce serait plutôt à vous de le faire ». Il ajoute : « Quand il n’y en a plus, il n’y en a plus ». Et prenant sa lourde bassine, il la charge dans sa camionnette et s’en va.
Les Africains qui n’ont rien eu, ne protestent pas. Ils ont l’habitude d’attendre en vain. Mais voici que le miracle se produit, dans la simplicité et la discrétion. Spontanément, ceux qui ont commencé à manger tendent leur assiette de lentilles ou une banane ou un morceau de pain à ceux qui n’ont rien reçu. Tous ont pu manger.
Ces migrants ont ouvert leurs cœurs et leurs mains à l’amitié et au partage. Des pauvres ont aidé des pauvres.
Une lumière a brillé dans la nuit.
Joyeux Noël .
Jacque Gaillot, , Evêque de Partenia, Paris, 4 décembre 2022

28/11/2022

LES VENDREDIS DE L'ESPERANCE AVEC LA MISSION DE FRANCE

ND espérance

SAINT MERRY HORS LES MURS

Notre proximité avec Notre-Dame d’Espérance nous fait découvrir des richesses nouvelles et différentes. Maria-Cecilia nous raconte la genèse des «  vendredis de l’Espérance » où se rencontrent des membres de la Communauté Mission de France.

Les équipes parisiennes de la Mission de France ont eu l’idée d’organiser une eucharistie mensuelle, avec prise de parole libre et repas ensuite, à destination des membres de la Communauté Mission de France, leurs amis et leurs invités. C’est Philippe Deterre, prêtre de la Mission de France, biologiste chercheur au CNRS, sans charges pastorales, qui a été chargé de l’organisation de ces rencontres. Elles ont débuté en février 2010 à l’église Saint-Albert dans le 13ème arrondissement de Paris.

Ces célébrations sont un moment privilégié de rencontres autour d’une eucharistie où chacun exprime ses réflexions sur les textes, où l’on échange des informations sur l’actualité des mouvements et des associations auxquelles chacun peut appartenir, où on donne aussi nouvelles des amis absents. Depuis le début et jusqu’à l’année dernière nous étions réunis autour de Philipe Deterre, qui, ayant pris sa retraite, est parti à Lyon. Il a été remplacé par Guy Trembly physicien et enseignant chercheur. La célébration est suivie d’un dîner partagé en commun où le débat s’instaure selon les souhaits de chacun.

Comme le dit Danielle Nizieux Mauger qui coordonne les vendredis de l’Espérance : « Ces rencontres sont un lieu de convivialité et d’échange enrichi par la diversité des horizons. Chacun s’exprime dans une discussion toujours amicale et respectueuse de l’opinion et des aspirations spirituelles de l’autre, sous le signe de la bienveillance et de la fraternité ».

Les célébrations ont migré à l’église Notre-Dame d’Espérance en 2015 quand des prêtres de la Mission de France ont été invités par le curé à collaborer à la vie paroissiale jusqu’à juin 2020. Pendant le confinement les célébrations se sont déroulées par zoom, avec les limites que cela représente, mais l’important était de continuer à nous réunir.

Cette année Antoine Guggenheim, le nouveau curé de Notre-Dame d’Espérance, a proposé aux Amis de la Mission de France de continuer les rencontres dans cette église. Comme notre communauté venait d’être accueillie là, il semblait logique d’inviter la communauté de Saint-Merry Hors-les-Murs à se joindre aux amis de la Mission de France et à célébrer ensemble.

Moi je suis arrivée à ces vendredis mensuels depuis le début en 2010 par invitation de Philippe Deterre qui je connais depuis très longtemps. Je peux témoigner de la richesse de ces rencontres. Cela m’a permis de connaitre des personnes que j’aurais croisées difficilement, comme le président de SOS Méditerranée, j’ai retrouvé de vieilles connaissances perdues de vue depuis longtemps et j’ai fait de nouvelles amitiés.

Je suis heureuse que les Amis de la Mission de France et notre communauté se rencontrent, nous avons beaucoup de points en commun pour cheminer ensemble.

María Cecilia Gómez

Les vendredis de l’Espérance sont un partage de la parole suivi d’une célébration eucharistique et d’un repas convivial en commun tiré du sac.

Ils se déroulent à Notre-Dame d’Espérance, 47 rue de la Roquette, 75011 Paris.
Ils sont organisés par un groupe d’amis de la Mission de France
avec la participation régulière de saint-merryens.

À ce propos nous vous rappelons l’article de Maria-Cécilia Gomez :Clic... LES VENDREDIS DE L'ESPERANCE

Prochains vendredis de l’Espérance : 16 décembre 2022,
27 janvier, 24 février, 24 mars, 28 avril, 26 mai et 23 juin 2023.

LE DEVOIR D'HUMANITE

Jacques Gaillotgaillot.GIF

Le devoir d’humanité
L’humanité n‘a jamais été assignée à résidence. Au cours des siècles, des mouvements migratoires n’ont cessé de traverser nos pays. Avec le réchauffement climatique, ils ne pourront que s’amplifier.GAILLOT HUMANITE.jpg
Aujourd’hui, il y a une humanité qui vient vers nous. Inutile de faire des murs, de se barricader, de renforcer les contrôles aux frontières. Les migrants qui mettent leur vie en jeu, continueront de franchir tous les obstacles.
Cette année, malgré les mesures sécuritaires et les contrôles policiers établis entre la France et la Grande Bretagne, 40 000 migrants ont réussi à traverser la Manche et à prendre pied au pays de leur rêve.
Ces migrants ne nous agressent pas, ils ne nous envahissent pas, ils ne font qu’exercer un droit humain fondamental : se déplacer, se libérer de la misère et de la violence pour vivre ailleurs, une vie qui soit digne.
Quand des Ukrainiens sont arrivés en France, je me suis réjoui de voir qu’en peu de temps, ils ont pu travailler et obtenir un titre de séjour. Mais quel contraste avec des migrants africains mal accueillis, humiliés, harcelés, avec des campements de fortune détruits par la police. L’expulsion prend le pas sur l’accueil. Il y a deux poids, deux mesures.
  • GAILLOT HUMANITE 2.jpg
Les 234 migrants, d’un bateau qui n‘en finissait plus d’attendre en méditerranée, ont été finalement accueilli par la France. C’est un devoir d’humanité. Ces migrants sont des êtres humains comme nous. Ils ont une famille comme nous. Ils font partie de la famille humaine comme les Ukrainiens. Il y a une crise de l’accueil, mais pas une crise des migrants. L’humain avant tout.
Cette humanité qui vient vers nous avec son courage, sa culture, sa volonté de vivre est une chance pour notre pays.
Elle nous met en garde contre une Europe forteresse.
Cette humanité qui vient vers nous, appelle à construire un monde où chacun(e) existe pour l’autre.
Jacques Gaillot
Evêque de Partenia
Paris 15/11/2022

26/11/2022

CHRISTIAN BOBIN. LA GRANDE VIE

Claude Clorennec retranscrit dans ce documentaire l’extrême délicatesse de l’écrivain Christian Bobin. Fils d’un père dessinateur à l’usine Schneider du Creusot et d’une mère calqueuse, son oeuvre puise dans les souvenirs de son enfance, marquée par la solitude et l’atmosphère des hauts fourneaux. Les bruits des vélos des ouvriers à la sortie de l’usine, le rythme des marteaux pilons, nourrissent l’imaginaire de Christian Bobin, qui porte sur le travail un regard distancié. "Ivrognes de l’efficacité", les hommes justifient leur existence par le travail et demeurent prisonniers des apparences, niant leur pudeur, leur sensibilité. Christian Bobin écrit pour cette "majorité taciturne qui mange sa vie en silence, qui traverse sa vie sur la pointe des pieds".
*
Rencontrer Christian Bobin c’est se mettre de plain-pied avec l’écriture. Mais qu’est-ce qu’écrire ?
A quelques kilomètres du Creusot où il a grandi, le réalisateur se met à l’écoute de l’écrivain. En cinq chapitres, il revisite son enfance où il était prisonnier dans sa chambre, la ville des hauts fourneaux dont les bruits ont structuré sa vie et qui l’habitent toujours, le champ-vieux où il vit à l’écart du monde qui n’est pas normal, le retable d’Issenheim où en 1516 Grünewald a peint le 21ème siècle, et qui éclaire "ce que nous ne voulons pas voir aujourd’hui" et enfin la poésie, la grande vie.
Les textes de Christian Bobin qu’il lit lui-même donnent à entendre une langue entre terre et ciel qui, portée par de belles images de la nature, incline à la méditation. "Ecrire, c’est ne rien oublier de ce que le monde oublie." "J’ai toujours pensé que l’écriture était une manière de rendre quelque chose à quelqu’un à qui ça avait été volé : la parole." "L’écriture : un principe de délivrance, de respiration et de délivrance."
Un film ouvre aussi une fenêtre sur un homme pour qui la valeur de l’existence humaine tient du partage, de l’amitié, de la rencontre.

La version 52 mn du documentaire Christian Bobin, La grande vie est en DVD chez Nour films

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24/11/2022

EVÊQUES, FRATERNISEZ !

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Evêques, fraternisez !
Oui, il faut de nouveau parler de la situation dans laquelle se trouve l’Église catholique et du désarroi majeur dans lequel sont plongés tant les laïcs que les religieux, religieuses, prêtres et évêques.

 Publié le 24 novembre 2022
 
Le désastre atteint le cœur même de la mission de l’Église : porter l’Évangile comme une nouvelle bonne et réjouissante, une parole sûre et vraie, une voie de bonheur et de sens. Que reste-t-il quand la parole est atteinte aussi profondément, quand non seulement elle est fausse, mais, plus grave, qu’elle est menteuse et trompeuse, c’est-à-dire intentionnellement dissimulatrice et corruptrice de la réalité et de la vérité.

Face à ce désastre, on hésite entre la colère et l’intense fatigue. Que peut-on dire ? Comment redonner un peu de vie à une parole vidée de sens ? Que faire quand les disciples du Verbe n’ont plus à offrir que des mots morts ? Il faut des actes, et des actes forts.

Évêques, une mission vous a été confiée lors de votre ordination. L’Évangéliaire ouvert au-dessus de votre tête signifiait aux yeux de tous et toutes que vous étiez ordonné au nom de l’Évangile et que vous vous engagiez à le porter et le faire résonner en tous lieux. Cette mission, comment la ­remplissez-vous aujourd’hui ? Vous avez reçu un anneau, signe d’engagement et de fidélité avec Dieu et le peuple de votre diocèse. Votre fidélité, où en est-elle ? À qui êtes-vous fidèles aujourd’hui ? Et votre crosse, ce bâton qui est le signe du soin vigilant que vous vous êtes engagés à avoir à l’égard de votre peuple, de quoi est-elle signe aujourd’hui, quand tant de gens se sentent blessés et abandonnés – les victimes directes, mais aussi les victimes des mensonges sans cesse réitérés ? Et votre mitre, cet appel à la sainteté, que vous murmure-t-elle aujourd’hui ?

Par l’imposition des mains, vous vous êtes situés dans la tradition des apôtres, comme dans une longue lignée qui vous unissait à vos prédécesseurs et à vos successeurs, et les uns aux autres. Cette solidarité vous engage les uns à l’égard des autres. Dans la catastrophe qui advient, il n’y a pas d’échappatoire. Nul ne peut dire « Je n’en suis pas » ou « Je n’y suis pour rien. » Non, bien sûr, vous n’êtes pas tous coupables, mais vous êtes responsables, c’est cela que signifie votre ordination. Y croyez-vous encore ?

Évêques, le temps est venu de poser le bâton, la mitre, l’anneau. La mission de l’Évangile, heureusement, n’appartient pas qu’à vous. Tous les baptisés, hommes et femmes l’ont reçue aussi. Vous ne pouvez plus régler la question « entre vous ». Il est temps de « fraterniser », c’est-à-dire de venir vers vos sœurs et vos frères et d’accepter de porter avec les unes et les autres ce fardeau qui vous écrase.

Évêques, vous ne vous en tirerez pas tout seuls. Et ne vous y trompez pas, la confiance, l’obéissance, vous ne les devez pas à des fonctionnaires romains.

Frères évêques, il est temps de vous sauver, de sauver l’Évangile. Ne croyez pas que la crise va passer et que, tôt ou tard, les choses reprendront leur cours normal. Une chose irréversible est arrivée, et c’est à votre génération, à notre génération qu’elle est arrivée. Nous ne savons pas pourquoi. Nous ne savons même pas si ce qui arrive aujourd’hui et qui est dévoilé est pire que ce qui s’est produit autrefois et qui est demeuré caché. Peu importe. Il nous appartient de lire « les signes des temps », même quand ce sont des signes de tempête, que le vent est mauvais et la vague puissante. Et surtout, ­souvenez-vous, ­souvenons-nous que quelqu’un dort dans la barque qui peut être réveillé.

Christine Pedotti

21/11/2022

QUEL CHRISTIANISME A VENIR ?

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CHRSTIANISME A VENIR.jpg « Quel christianisme à venir ? »

Qu’est-ce que le christianisme ? C’est là une question que nous n’avons pas ­l’habitude de nous poser tant la réponse peut sembler évidente dans un pays comme la France, « fille aînée de l’Église » selon la formule consacrée et, surtout, terre de chrétienté depuis tant de siècles – il suffit de regarder ces églises plantées au cœur des villes et des villages, ces croix qui ornent la croisée de nos chemins, les pierres de nos cimetières.

À rebours, les statistiques religieuses montrent la chute inexorable de tous les marqueurs chrétiens. La pratique religieuse mensuelle concerne environ 4 % de la population, la pratique hebdomadaire 2 %. Le reste est à l’avenant ; en 2019, un enfant sur quatre est baptisé, tandis que 44 000 mariages religieux sont célébrés – une chute de moitié en dix ans. Même les obsèques religieuses ne sont plus souhaitées que par 50 % des Français et Françaises. Quant au personnel religieux, principalement les prêtres, son recrutement est de plus en plus maigre. À ce tableau, il faut ajouter deux éléments dont les impacts sont pour l’heure difficiles à mesurer et plus encore à dissocier : l’effet du Covid et des confinements et le choc de la révélation des abus. Pour l’heure, on observe une accélération de la désaffection de la pratique religieuse et des sacrements sans qu’on sache encore si elle est réversible.

Mais la fréquentation des églises ou la pratique des sacrements ­suffisent-elles à cerner le christianisme ? Évidemment pas. Car, si nous sommes désormais dans un monde où la forme religieuse ­chrétienne est devenue marginale, son empreinte demeure profonde et va bien au-delà d’une coloration culturelle. Cette façon d’envisager la vie, de regarder l’avenir, de supporter l’incertitude, la souffrance, de vivre avec autrui continue de nous imprégner puissamment, que nous soyons croyants ou pas. Souvent, on parle de valeurs chrétiennes pour envelopper en un seul terme la variété de ces influences. Le terme est impropre parce qu’il laisse à penser qu’il s’agirait principalement de valeurs morales, alors qu’il s’agit d’un mode de pensée total. On voit bien d’ailleurs que nos contemporains, tout en s’éloignant de ce qu’on nomme religion, demeurent attachés à ce paysage culturel et esthétique, intellectuel et moral. Certains le nomment Occident, d’autres chrétienté ou « racines chrétiennes ». Il nourrit notre imaginaire et parfois nos fantasmes identitaires – au sens où il permet de faire la différence entre « nous », qui en sommes, et « eux », les autres, étrangers, non au sens juridique mais du point de vue symbolique.

Origines et paradoxes
S’il est pourtant une caractéristique originelle du christianisme, c’est précisément d’avoir rompu avec l’idée que la religion était liée à un lieu, un peuple, une terre, et même à une histoire commune. Né dans la périphérie orientale de l’Empire romain, il s’en émancipe et se répand tout autour de la Méditerranée. Puis il agrégera ceux qu’on nomme barbares et gagnera petit à petit les confins du monde connu, jusqu’à traverser les océans, et manifestera ainsi sa compétence universaliste : le christianisme est pour tous les hommes, de toutes origines, et même pour les femmes – quoique, sur ce point, tant l’orthodoxie que le catholicisme soient encore sérieusement à la traîne.

L’un des paradoxes, le plus singulier sans doute, est que c’est sur les terres et dans les cultures qu’il a le plus profondément et le plus longuement imprégnées que la forme religieuse et institutionnelle du christianisme est la plus massivement mise en cause et frappée d’obsolescence. Le philosophe Marcel Gauchet en a proposé une interprétation aujourd’hui largement reprise en énonçant que le christianisme serait « la religion de la sortie de la religion », étant précisé qu’il ne s’agit pas d’une sortie de la croyance religieuse mais d’une « sortie d’un monde où la religion est structurante, où elle commande la forme politique des sociétés et définit l’économie du lien social ».

Le débat demeure dans les différents courants chrétiens. Faut-il plus de religion et réaffirmer un régime de normes strict en négligeant le risque d’un destin de marge ou de secte ? Faut-il imaginer une survie de la foi sans plus guère de forme religieuse, dans de petites communautés électives et chaleureuses ? Mais, là encore, le danger sectaire guette. À moins que le christianisme ne se transforme en un grand système de transmission culturelle qui définirait un substrat commun pour vivre ensemble dans un cadre commun. On peut aussi privilégier la part solidariste, fraternelle et pacifiste de l’Évangile et transformer nos Églises en puissantes ONG, ou encore se spécialiser dans ­l’accompagnement symbolique des grandes étapes de la vie…

Toutes ces voies sont possibles et peuvent coexister. Assurent-elles l’avenir du christianisme ? La question atteint une urgence et une acuité jamais égalée. La crise que nous traversons est profonde. Le désir de croire persiste et très souvent s’exprime dans le sens de la crédulité. Ainsi, en France, la jeune génération dit ne pas croire en Dieu mais accorde du crédit à la sorcellerie. Le désir d’absolu s’incarne dans des engagements radicaux et parfois violents, et beaucoup préfèrent croire à un gigantesque complot mondial plutôt que d’accepter la complexité du monde et les aléas de la vie.

Une chose est certaine, un chantier immense s’ouvre, il a besoin de bras, d’intelligence et il ne suffira pas d’ouvrir l’ordination à des hommes mariés au sein du catholicisme pour retrouver l’énergie vitale, la source jaillissante du christianisme, celle qui fait courir les disciples d’Emmaüs vers Jérusalem, « le cœur tout brûlant ».

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