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12/05/2021

UN TEMPS POUR PRIER - MISSION DE FRANCE BUSSY SAINT GEORGES

Un temps pour prier
Avec le maître dans la parabole des ouvriers de la 11ème heure

Bussy-2-2.jpg

Tu sors… 

Tu sors toujours et encore…

Tu sors de ton apparent confort

Encore, de nouveau, toujours,

à temps et à contretemps,

à l’aube de nos vies et à leur crépuscule.

De nos « préconçus »,

de nos fausses idées sur toi,

tu sors, et avec amour, un peu tu nous bouscules.

 

Tu viens nous rencontrer

dans nos lumières comme dans nos ténèbres.

A l’heure qui semble la dernière,

où pour nous tout semble fini,

Tu viens faire rejaillir l’espoir,

un chemin de vie.

Même si nous jugeons

que ça n’en vaut pas la peine,

Tu sors… Car notre peine est ta peine…

 

Au risque d’être incompris, au risque du mépris,

qu’est-ce qui te pousse à sortir vers nous ainsi,

dès le matin, à la tombée de la nuit ?

Est-ce un appel, un besoin, un désir, une envie ?

Ou simplement n’est-ce que,

plus fort que nous,

plus fort que tout,

l’expression d’un amour infini ?

Tu sors…

Cette méditation a été écrite et dite par Jean-Philippe Clément à la fin de la réunion du 17 avril autour du travail et du chômage organisée par l’équipe de la Mission de France de Bussy saint Georges à Notre Dame du Val.

A RETROUVER SUR LE SITE :http://www.missiondefrance.fr

08/05/2021

LE RETOUR DU CHRISTIANISME EN POLITIQUE

Le christiano-gauchisme?

Encore plus surprenante, une autre tribune, dans Libération cette fois, journal pourtant pas toujours tendre avec le christianisme. Signé du philosophe Michaël Fœssel, le titre est un brin provocateur : « Le christiano-gauchisme, phénomène méconnu ». Là encore, le texte démarre sur une citation du pape François, pour remonter à Léon XIII avant de revenir aux sources, c’est-à-dire l’Évangile… On retrouve Simone Weil, accompagnée cette fois de Bernanos. Enfin, L’Obs de cette semaine consacre un grand portrait au jésuite Gaël Giraud, présenté comme l’un des critiques les plus mordants « du néolibéralisme façon Macron » et « symbolisant le retour des catholiques de gauche »

On le voit, toutes les nuances politiques du christianisme social sont ici représentées. Mais cette manière de se référer explicitement à la religion pour entrer dans le débat politique n’est pas courante en France. Ces dernières années, les catholiques sont surtout sortis du bois « en tant que » catholiques, pour défendre les questions de l’intime et de la famille, notamment, pour certains, en manifestant contre le mariage pour tous. Que des chrétiens soient investis personnellement dans les domaines économiques et sociaux n’est pas nouveau. Qu’ils le disent et le revendiquent comme sources de leur action publique, l’est plus.

Le christianisme comme ressource

Sans doute sont-ils pris dans une forme d’urgence. Le sentiment que le monde ne va plus, que les déséquilibres sociaux et environnementaux menacent profondément l’avenir de l’humanité. Que les polémiques sans fin vont mener notre pays au bord de la guerre civile. Que le Covid a mis en lumière le besoin de sens dans nos sociétés lancées à corps perdu dans une quête de consommation effrénée. Et que, dans ce contexte, la prochaine élection présidentielle risque de déboucher en France sur une grave crise politique si aucune alternative au débat n’est proposée. Parmi ces alternatives, le christianisme, donc : comme ressource, éthique, manière de penser, d’agir, mais non comme solution toute faite. Ce que l’on avait un peu vite classé au rang de vieille idéologie dépassée peut apporter sa pierre à l’édifice du bien commun. Peut-être parce que les chrétiens sont bien placés, avec cette conviction que, pour reprendre les mots de Jacques Maritain (1), « le domaine politique et social est un domaine non pas seulement technique, mais d’abord et essentiellement humain. C’est-à-dire moral ».

Isabelle de Gaulmyn

Isabelle De Gaulmyn A propos de l’auteur

Isabelle de Gaulmyn est rédactrice en chef au journal La Croix. Longtemps responsable du service d’Information religieuse du quotidien, et envoyée spéciale permanente de La Croix au Vatican, elle est l’auteure de « Benoît XVI, le pape incompris », chez Bayard Culture (2008), de « François, un pape pour tous » aux Editions du Seuil (2014) et du livre « Histoire d’un silence », aux Editions du Seuil (2016). (1) L’Engagement chrétien, Salvator, 112 p., 12 €

06/05/2021

" LE COVID EST NOTRE "MOMENT DE NOE". NE LE GACHONS PAS" PAPE FRANCOIS

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Publié le par Garrigues et Sentiers

Fruit de longues conversations avec le journaliste britannique Austen Ivereigh, l’ouvrage publié sous la signature du Pape François intitulé Un temps pour changer me paraît particulièrement utile en ces temps où tout un chacun s’interroge sur « le monde d’après ».

« Le Covid 19 est notre « moment Noé », à condition que nous puissions trouver notre chemin vers l’Arche des liens qui nous unissent : l’arche de l’amour et d’une appartenance commune. L’histoire de Noé dans la Genèse ne parle pas seulement de la façon dont Dieu a proposé un chemin pour sortir de la destruction, mais aussi de tout ce qui a suivi. La régénération de la société a signifié un retour au respect des limites (…) L’introduction du sabbat et du jubilé – moments de de relèvement et de réparation, de remise des dettes et de rétablissement des relations – a été la clé de cette régénération, donnant le temps à la terre de renaître, aux pauvres de trouver un nouvel espoir, aux gens de retrouver leur âme » (1).

Pour illustrer son propos, François évoque « trois Covid » qui ont traversé son histoire personnelle : une maladie grave à l’âge de 21 ans, le déracinement qu’il a connu lorsqu’il est allé en Allemagne pour faire des recherches sur sa thèse, le « licenciement » de ses fonctions de provincial et de recteur chez les Jésuites en Argentine (2). De ces expériences, il conclut que si on se laisse transformer, on s’améliore, mais si on s’enfonce, on en ressort pire. Or, constate -t-il « en ce moment, j’en vois beaucoup qui s’enfoncent. C’est précisément ce que font les personnes les plus investies dans la manière actuelle de faire les choses. Il y a des dirigeants qui parlent de faire quelques ajustements ici et là, mais ils plaident essentiellement pour le même système qu’auparavant. Quand ils parlent de « restauration », ils veulent mettre un peu de vernis sur l’avenir, retoucher la peinture ici et là, mais en gros, s’assurer que rien ne change. Je suis convaincu que cela conduira à un échec encore plus grand, qui pourrait déclencher une énorme explosion sociale » (3).

Pour François, si l’on veut sortir de la crise, le chemin est clair : « Tu dois aller aux périphéries de l’existence si tu veux voir le monde tel qu’il est. J’ai toujours pensé que le monde semblait plus net depuis les marges, mais depuis ces sept dernières années, en tant que pape, ça me saute aux yeux. Tu dois te rendre aux marges pour trouver un avenir nouveau » (3).

Mais, pour François, aller aux périphéries ne peut se faire de manière abstraite. Il s’agit de dépasser le travail caritatif et social, certes indispensable, pour un authentique débat politique et citoyen : « Quand je parle de changement, je ne veux pas seulement dire que nous devons mieux nous occuper de tel ou tel groupe de personnes. Je veux dire que ces personnes qui sont aujourd’hui aux périphéries doivent devenir les protagonistes du changement social. Voilà ce que j’ai dans le cœur » (4).

Bernard Ginisty  Ginisty philosophe et directeur de TC

(1) Pape François : Un temps pour changer. Conversations avec Austen Ivereigh, éditions Flammarion, 2020, p. 29.

01/05/2021

UN TOUAREG AU SERVICE DE LA PAIX DANS LE SAHEL

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Au sein de l’ONG malienne Azhar, Assinamar Ag Rousmane recherche les moyens d’installer la paix entre les communautés sahéliennes, trop longtemps laissées à elles-mêmes. Cette paix, qui permet le développement agricole, passe par le dialogue entre l’Etat malien et les communautés.

                                                               Portrait d’Assinamar © Marion Chastain / CCFD-Terre Solidaire

Assinamar Ag Rousmane en est fier : l’an dernier, il a mis autour de la table de négociations deux factions touaregs de la région de Tessalit, au nord du Mali. 

« Elles étaient en conflit depuis des années et nous les avons convaincu de signer un pacte de paix » explique le directeur de l’ONG malienne Azhar.

Le secret de sa réussite : « nous avons ciblé les bons acteurs de la négociation. Avec eux, nous avons identifié que le découpage territorial était la source du problème. Ici, dans le Sahel, les gens votent pour un candidat de leur communauté. Or, certains avaient le sentiment de ne jamais être représentés. Notre plaidoyer auprès des autorités a permis un accroissement du nombre d’élus. »

« Notre but est de consolider la paix »

Assinamar, âgé de 34 ans, est originaire de Tessalit, une petite ville au milieu du désert sahélien, à une centaine de kilomètres de l’Algérie. Un peu plus au sud, c’est la région de Kidal, libérée de l’emprise djihadiste par l’armée française à la fin de l’année 2012.

"Tous nos locaux ont été saccagés par les djihadistes"

Assinamar venait de commencer à travailler dans l’ONG qu’il dirige aujourd’hui, Azhar, « ce qui veut dire - lien de famille - en langue touareg. En 2012, tous nos locaux ont été saccagés par les djihadistes. L’appui financier du CCFD-Terre Solidaire a été déterminant pour renaître. Aujourd’hui, nous intervenons dans huit régions du Mali, sur la gestion des conflits et la prévention de l’extrémisme violent. »

Azhar forme à l’agroécologie maraîchers et éleveurs. L’ONG peut fournir des semences, du matériel agricole, reconstituer un cheptel.

« Notre but est de consolider la paix. Sans cette paix, il est impossible de pratiquer le maraîchage ou l’élevage » explique-t-il.

                                                                  Rencontre des leaders communautaires du Cercle de Tessalit. Rétablissement de la paix organisée                                                                       par AZHAR. © Azhar / CCFD-Terre Solidaire

Au Sahel, la paix est une question de survie

Assinamar est un homme du Sahel. Sa grand-mère vit entre le Mali et l’Algérie au gré de la transhumance de ses chamelles, chèvres et moutons.

Il considère que la chance de sa famille a été d’appartenir à une « tribu de vassaux. Cela a permis à mon père d’aller à l’école. Car, pour un chef, envoyer un enfant à l’école, c’était faire entrer les idées nouvelles. Alors, les chefs envoyaient les enfants de leurs vassaux et de leurs esclaves à l’école et cachaient les leurs. Beaucoup le regrettent aujourd’hui. »

Assinamar, a poursuivi des études à Bamako, à Alger, obtenu un diplôme universitaire de l’Institut catholique de Paris sur les interventions civiles de paix.

"Formé à la non-violence" « Cet enseignement prône la non-violence et met en avant l’importance des acteurs locaux. Aujourd’hui, je forme une quarantaine de jeunes sahéliens à la paix. »

La paix au Sahel est une question de survie. Assinamar rappelle que la majorité des Maliens était contente de l’arrivée des militaires français de l’opération Barkhane.

« C’était une manière de stabiliser le pays. Mais, aujourd’hui, on ne voit pas la paix. On annonce régulièrement la mort d’un chef terroriste, et la situation sécuritaire ne s’améliore pas. En plus, l’armée malienne est coupable de nombreux abus sur les populations civiles. »

                                        Reboisement de l’oasis Tessalit, cultures et irrigation des actions de AZHAR. © Azhar / CCFD-Terre Solidaire

Faire en sorte que la population sahélienne se reconnaisse dans l’Etat

Le Sahel est un terreau fertile aux conflits, car les populations qui l’habitent ne se reconnaissent pas dans les Etats censés les gouverner, résume Assinamar. Ce constat est vrai pour le Mali, comme pour le Niger ou le Burkina Faso. Les éleveurs ont l’impression d’être condamnés à rester en marge d’Etats qui favorisent les agriculteurs. Dans ce contexte, Assinamar estime que

 « le problème religieux est secondaire. La base est de régler les conflits intercommunautaires. C’est un travail de longue haleine pour la société civile. » "Les gens ont l’impression que la démocratie ne les prend pas en compte"

Ces rancœurs entre communautés ont été attisées ces dernières années, selon lui, « par le trafic de la drogue vers l’Europe qui a provoqué la prolifération des armes, et aussi par le retour, après la chute de Kadhafi, des Maliens engagés dans les forces armées libyennes. »

Sur le terrain, Assinamar ne désespère pas de la paix. La première des choses est que l’ensemble des communautés du Sahel se reconnaissent dans la gouvernance et la justice.

« La crise de 2012 était aussi un révolte des ruraux sur les citadins du Sahel, une revanche des périphéries sur les villes. Les gens ont l’impression que la démocratie ne les prend pas en compte. »

L’autre priorité concerne les jeunes dans un Sahel où la natalité est la plus forte au monde. Certains partent vers le Maghreb ou l’Europe. Il constate « qu’ils y trouvent des conditions de vie plus acceptables. Ceux qui restent peuvent être enrôlés dans les groupes armés. »

Par Pierre Cochez Publié le 16.04.2021  Mis à jour le 23.04.2021

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29/04/2021

APRES LES "AMISH", LES ECOLOGISTES DOIVENT-ILS SUBIR LE NOM DE "CATHARES"

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                                               [Tribune] À l’occasion de la journée de la Terre, le 22 avril 2021, une centaine de croyants et acteurs de l’écologie cosignent un texte dénonçant l’expression d’une « phobie écologique » durant les conférences de carême de Notre-Dame de Paris.

Même si beaucoup de nos lecteurs en ont peut-être déjà connaissance, nous nous faisons l'écho d'une tribune co-signée par de très nombreuses personnalités, qui a été récemment publiée sur le site de La Vie. 

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26/04/2021

SORTEZ PEUPLE DE DIEU !

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Vous pensiez vous installer ici, à Saint-Merry ? Mais c’était le campement d’un instant, le lieu où Dieu et l’être humain s’arrêtent avant de reprendre la route. Sortez, gens du peuple de Dieu ! Votre terre n’est pas ici. Vous êtes le peuple en mouvement, sortez ! Allez prier plus loin. La tendresse sera votre cantique, Jésus sera votre parole, la vie sera votre célébration. On vous attend dehors, gens du peuple de Dieu ! Et Dieu sort avec vous. 

Il y a des textes qui donnent des coups au cœur, il y ​a des prières que l’on peut répéter, mâcher, sans en épuiser le suc, il y a des appels qui nous font nous lever longtemps après qu’ils ont été lancés. En  voici un que nous avons déjà proclamé entre les murs de Saint-Merry à la fin de plusieurs  célébrations. Nous l’avions choisi pour la Rencontre œcuménique des Semaines sociales en novembre 2010 et il a inspiré l’un de nos chants : « Il faut partir, le temps nous presse ». Ainsi, des mots, des phrases veillent dans nos mémoires et nous réveillent  quand un événement les en fait soudain jaillir. On nous fait sortir ? On nous met à la porte ? On prétend effacer des années de partages fraternels ? Alors les mots de Jean Debruynne (1925-2006), poète, prêtre de la Mission de France, ami de Gérard Wybo, de Gabriel Ringlet et de bien d’autres,  viennent à notre rencontre : 

Il faut partir, gens du peuple de Dieu ! Vous pensiez vous installer ici, dans la serre chaude de cette rencontre ? Vous prétendiez vous établir dans la maison de Dieu ? Mais Dieu n’a pas de maison ! On n’assigne pas Dieu à demeure. Il est toujours en déplacement, sans domicile, sans fauteuil. Ici, c’est le campement d’un instant, le lieu de transit, où Dieu et l’être humain s’arrêtent avant de reprendre la route. Sortez, gens du peuple de Dieu ! Vous êtes le peuple en partance, votre terre n’est pas ici. Vous êtes le peuple en mouvement, étrangers jamais fixés, gens de passage vers la demeure d’ailleurs. Sortez, gens du peuple de Dieu ! Allez prier plus loin. La tendresse sera votre cantique, Jésus sera votre parole, la vie sera votre célébration. Allez, vous êtes la maison de Dieu, les pierres taillées à la dimension de son amour. On vous attend dehors, gens du peuple de Dieu ! Et je vous dis : Dieu sort avec vous.

JEAN DEBRUYNNE

https://saintmerry-hors-les-murs.com/2021/04/16/sortez-gens-du-peuple-de-dieu/

23/04/2021

L'HUMANITE DEVRA UN JOUR APPRENDRE A VIVRE AILLEURS -JEAN-FRANCOIS CLERVOY

 Propos recueillis par Malo Tresca, le 22/4/2021 à 06h43

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Alors que Thomas Pesquet doit rejoindre, vendredi 23 avril, la Station spatiale internationale (ISS), l’astronaute Jean-François Clervoy revient sur les trois vols spatiaux qu’il a effectués entre 1994 et 1999. Une expérience hors du commun, qui a ouvert chez lui de profondes réflexions sur la Création, le divin, ou l’avenir de l’homme dans l'univers...

Lire... LA CROIX 23 04 2021 L'HUMANITE DEVRA UN JOUR APPRENDRE A VIVRE AILLEURS - JEAN FRANCOIS CLERVOY.pdf

22/04/2021

100 000

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Publié le

 

BOUGIES CP.jpgC’est l’une des phrases les plus brutales de l’Évangile : « Laissez les morts  enterrer leurs morts. » Jésus la prononce à l’égard d’un candidat disciple qui demande un délai pour le suivre afin de pouvoir enterrer son père. Est-ce à dire que nous devrions nous aussi secouer la poussière de nos sandales et laisser derrière nous les morts du Covid, sans nous retourner ? Faire cela serait instrumentaliser l’Évangile et en faire un usage littéral et abusif. Dans le texte, il ne s’agit pas de négliger son devoir envers son père pour retourner à ses affaires mais de choisir la vie contre la mort en mettant nos pas dans ceux de Jésus.

La pandémie provoque à travers le monde des millions de morts plus ou moins bien décomptés suivant l’état des sociétés. En France, nous avons dépassé le chiffre rond de cent mille. Ces morts, nous ne pouvons pas les laisser derrière nous « comme ça ». Et ceci d’autant plus que, dans de très nombreux cas, les cérémonies ont été célébrées en tout petit comité, et que les pauvres rites qui nous restent autour de la mort ont été encore réduits. Ceci est vrai pour les morts du Covid, mais aussi pour tous les autres décès, dus à des causes plus « ordinaires ». Au total, ce sont des centaines de milliers de familles, des millions de personnes, qui ont été privées du réconfort des rites et des célébrations funéraires.

Il serait d’un grand bénéfice que l’irruption de la mort dans le potage quotidien des Français et des Françaises avec la litanie des décès du Covid soit associée à la prise de conscience que nous accompagnons bien mal les deuils. Nul n’en porte plus aucun signe, la mort se terre dans les morgues des hôpitaux et les salons des maisons funéraires. Les chagrins sont priés de se faire discrets, et on félicite ceux et celles qui reviennent vite à leurs occupations ordinaires « comme si de rien n’était » ; phrase absurde, car « tout » est arrivé, et nul ne perd un proche sans peine.

La pandémie, à la fois, nous rappelle que nous sommes tous mortels et nous prive des rites essentiels qui entourent la mort. Ces rites, il va falloir les réinventer et les célébrer ; riches, divers, comme nous-mêmes, liés à nos traditions religieuses et philosophiques, collectifs et intimes… Car les rites n’honorent pas seulement les morts, ils remettent aussi les vivants en vie.

14/04/2021

SOMMES-NOUS INDIFFERENTS AUX MORTS DU COVID?

LA CROIX 14 04 2021

1/ Alors que la France approche des 100 000 morts du Covid-19, la litanie des chiffres, incessante depuis un an, semble nous tenir de plus en plus éloignés de toute émotion. Est-ce lié au caractère incommensurable de ce décompte, à sa froideur ou encore à la durée de cette catastrophe ? Comment commémorer ces disparus et leur rendre justice ? On ne s’habitue jamais aux vrais morts, autres que des chiffres.

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Véronique Lefebvre des Noëttes, Psychiatre de la personne âgée

 

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2/ Ces décès ne nous surprennent plus. Pire, on s’y attend

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Raphaëlle Guidée, Maîtresse de conférences en littérature comparée à l’université de Poitiers

 

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Notre société est marquée par une ambivalence face aux morts du Covid-19. D’un côté, on a commencé par protéger les plus vulnérables avec les « Rolls-Royce » des vaccins – ceux à ARN messager – et ce choix est largement affiché et revendiqué. Mais de l’autre, beaucoup estiment normal, d’une certaine façon, que ces personnes disparaissent et laissent la place aux plus jeunes.

Les personnes qui organisent des fêtes clandestines malgré le confinement ne voient pas les morts. Mais parmi elles, il peut y avoir un porteur asymptomatique du virus. Celui-ci le transmettra aux autres fêtards et la maladie remontera jusqu’à des personnes âgées et il y aura des morts. Or, si on entend parler « des » morts, on finit en effet par en avoir l’habitude. Massifier les chiffres – « les vieux », « les morts » – amène à perdre toute empathie. Les chiffres finissent par déshumaniser. En 2003, après la canicule, le chiffre de 15 000 morts semblait exorbitant, puis a fini par être relativisé. Dans un certain sens, on peut s’habituer aux 300 morts anonymes, quotidiens, du ­Covid-19.

Lire ... La Croix SOMMES NOUS INDIFFERENTS AUX MORTS DU COVID 14 04 2021.pdf

18/03/2021

CE QUE LA PANDEMIE A REVELE

Ce n’est pas seulement un goût pour les anniversaires, bons ou mauvais, c’est plutôt un souvenir physique : il y a un an presque jour pour jour, le Covid-19, dont on ne pratiquait pas encore couramment le nom faisait subitement irruption dans nos vies et modifiait radicalement notre rapport au monde, au temps, au travail, au sport, à la culture, aux voyages. Souvenez-vous, l’hiver avait été sinistre, pas très froid mais pluvieux et venteux, et on aspirait au printemps.

Depuis un gros mois, on entendait parler de ce « virus chinois ». TC y avait consacré un éditorial et deux articles dès le 6 février ; tous étaient alarmants. Pour autant, le confinement, avec sa violence, sa radicalité, nous a tous et toutes pris de court. Comment imaginer qu’on allait en quelque sorte « arrêter » le monde ? Souvenons-nous de ce silence quand les rues se sont vidées. Le « monde d’avant » est resté de l’autre côté, du côté du bruit, de l’agitation.

Un an plus tard, nous sommes encore dans cet étrange « entre-monde ». Le miracle des vaccins conçus en des temps record est la promesse d’une sortie vers l’« après », même si nous sommes encore sous la menace de sursauts divers. S’il est trop tôt pour faire un bilan, il est des choses dont nous sommes déjà assurés ; il est probable que les transports aériens et le tourisme de masse auront connu en 2019 un pic qu’ils ne retrouveront peut-être jamais. La part de nos activités via Internet a considérablement augmenté – travail, démarches administratives, achats, culture – et dans la foulée s’aggrave ce qu’on nomme la « fracture numérique ».

Restent les questions éthiques liées à la pandémie. Les pays riches peuvent nourrir un débat générationnel : on aurait sacrifié les plus jeunes pour protéger les plus âgés. Mais les conséquences du ralentissement des échanges avec les pays les plus pauvres sont autrement plus graves : 150 millions de personnes supplémentaires sous le seuil de grande pauvreté, des enfants retirés de l’école et mis au travail, des filles mariées précocement pour soulager les familles… Partout, le Covid est un révélateur d’inégalités… Puissions-nous avoir appris quelque chose car, dans le monde d’après, nous devrons faire face à l’urgence climatique et à des dilemmes similaires.

Christine Pedotti